- Publié par Ankinoo

Le style de l’architecture à travers les yeux d’un jeune architecte malgache

Michael Rakotoniaina, architecte formé à l’Université Politecnico di Milano (Université Polytechnique de Milan).
Il a également effectué des études d’ingéniorat à l’ISPM et du management à l’ISCAM. C’est un passionné de design, particulièrement des maisons « Trano gasy ».

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Tout ce qui concerne la maison me passionne depuis petit donc j’ai commencé par un peu de génie civil et d’architecture à l’ISPM. J’y étais 5 ans et entre temps j’ai fait quelque stage d’architecture à Dubois et Associés en deuxième année. Après cela, j’ai fait un peu de génie civil: routes et ponts, pour au final en cinquième année revenir dans l’architecture pendant mon stage à Aro-Immo et c’était à ce moment que j’ai vu que c’est l’architecture et le design qui me plaisait. Par contre, je n’avais pas la formation adéquate. Du coup, je suis parti en Italie à l’école polytechnique de Milan dans la branche architecture-bâtiment. Ce fût une superbe expérience où j’ai décroché mon diplôme de « Dottore magistrale ». Aujourd’hui, cela fait un an que je suis revenu au pays et je travaille actuellement à l’Atelier Malgache d’Architecture.

Qui sont les architectes qui vous inspirent aujourd’hui ?

Il y en a pas mal. Pour moi, il y a les italiens Renzo Piano qui lii a su innover et s’adapter au cours du temps. Magnago Lampugnani, qui est plus classique et pur dans son design. Du côté des femmes, il y a Zaha Hadid avec son architecture osé avec ses courbes et les deux femmes de Grafton Architect : Yvonne Farrell et Shelley McNamara qui ont un style assez brut que j’admire beaucoup.
Et tout cela m’inspire beaucoup parce que les italiens sont vraiment forts pour préserver leur architecture traditionnelle, les monuments historiques et tout leur patrimoine culturel.

Pourquoi vous avez décidé de revenir à Madagascar ?

Je trouve qu’à Madagascar, il y a du potentiel. Quand on va en Italie, on se rend compte à quel point ils aiment leur culture et ils veulent préserver cela. Et durant mon parcours, j’ai vu que Madagascar a sa spécificité avec les maisons « Trano gasy ». Je me suis dit aussi que j’aimerai vraiment rehausser nos cultures. Et même, quand j’en parle à des étrangers, ils sont étonnés et impressionnés de ce qu’on a, et de voir à quelle époque on est un peu coincé mais c’est ce qui fait qu’on est un spécial. C’est pour cela que j’ai décidé de revenir et de me spécialiser dedans.

Le style Malagasy est-il différent des autres types d’architecture ? Et quel pourrait être l’origine de ce style d’après vous ?

Le style se rapproche un peu du style victorien et classique. Cependant, de part sa conception et son programme il reste différent et c’est ce qui fait son charme.
Du peu que j’ai lu, le style malgache découle des anglais et a été ensuite modifié par les français. Mais par-dessus tout, il a été adapté à l’environnement du pays. Par exemple par l’utilisation des briques en terre rouge et l’attention apporté aux climats et au soleil. Au final, nous les malgaches, nous avons pu nous approprier ce style unique et l’adapter même si son origine est étranger.

Y a-t-il des histoires dans chaque conception architectural Malagasy ? D’où vient l’expression par exemple « miakandrefam-baravarana »?

Oui, la conception architecturale Malgache a son histoire et ses mythes. Par exemple : le « miakandrefam-baravarana » vient du fait que le soleil à l’ouest (andrefana) apporte un maximum de lumière et la porte y est placee pour justement avoir le maximum de luminosité. En effet, le soleil est très important dans notre culture. Les ouvertures sont principalement placées du côté Est et Ouest. De plus, dans le design de la maison, il y a les murs aveugles du nord et du sud, qui sont des murs sans porte ni fenêtre, sauf dans certains cas avec une ouverture en œil de boeuf. Cette conception permet de limiter l’impact des vents principaux. D’où en général le trano gasy tient une position Nord/Sud. Sinon, dans l’histoire du trano gasy il y a le rôle du mpanandro qui doit être appelé en amont de la construction pour assurer bonne fortune.

Est-ce que les architectes actuelles utilisent ces logiques et techniques malgaches ?

Oui et non. Oui parce qu’il y a des techniques malgaches qui sont vraiment bien pensés, au niveau du climat, de la forme et du programme, que chaque bon architecte tient en compte et non parce que ce style de maison est un peu fermé. Pour que le style soit plus moderne, il faut être un peu plus ouvert d’esprit, oser passer au delà de la religion afin d’apporter des améliorations, cela sans pour autant bafouiller la religion ou les fady.

Donc, allier culture malgache et modernité architecturale, est-ce possible pour vous ?

Oui, et c’est ce d’ailleurs pourquoi je travaille sur mes images. Par exemple au niveau esthétique de la maison, on pourrait passer par des ouvertures plus grandes et éviter les petites fenêtres ponctuelles des Trano gasy. En son temps, les Malagasy aimaient bien l’intimité mais en ce temps moderne, soyons plus ouvert par l’utilisation des baies vitrées et soyons libre en ouvrant l’espace intérieur. De plus, on a cette tradition où la femme cuisine et s’occupe de la maison, et avec des programmes plus modernes on pourrait ouvrir la cuisine, salon, salle à manger afin d’améliorer la relation du couple. Aussi, l’utilisation de matériels comme l’aluminium, le métal et le béton au lieu des briques apporteraient modernité à la maison, tout en gardant la personnalité malgache.

Avez-vous déjà effectué quelques oeuvres architecturales Malagasy ?

J’ai fait plusieurs images, quelques unes un peu artistiques et des plans de conceptions des trano gasy, de la campagne et des hauts plateaux mais également une conception revisitée afin d’obtenir des trano gasy moderne; que je vais vous communiquer après. Par contre je n’ai encore rien réalisé.

Comment trouvez-vous l’architecture d’aujourd’hui dans les hauts plateaux ?

Je trouve que le paysage des hauts plateaux n’a pas beaucoup changé. J’admire toujours toutes les maisons malgaches qui s’y trouvent mais j’ai remarqué certaines constructions nouvelles qui n’ont ni style et ni identité, c’est à dire ils ne sont ni malgaches, ni modernes, ni vieux. Du coup, il y a beaucoup d’améliorations à faire, mais tout en sachant préserver les « Trano gasy ».

Une petite note pour la fin de cet interview ?

J’espère retrouver le style « Trano gasy » partout dans la ville parce qu’on a du potentiel et j’espère que les Malagasy s’en rendent compte. On est spécial. De plus, c’est quelque chose qui aurait une valeur internationale. Ensemble mettons ce design en valeur et battons nous ensemble pour préserver notre belle culture. J’en fais mon métier et ma motivation. Contactez-moi, je saurai vous séduire avec les « Trano gasy modernes ». Merci à Ankinoo et bonne continuation dans vos projets !

– Christiana, Bloggueuse chez Ankinoo

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